Ce
qui va suivre a pour origine une série de textes que j’ai
écrit. Une forme d’écriture automatique, à la fois
maîtrisée, et lâchée.
Cela commence par une fiction.
J’avais prévu toute une série de sketches dans le dessein
de faire rire. Mais voilà le public qui était prévu ce
soir, n’est pas là . il a été remplacé par un autre que je
ne connais pas, et cela me perturbe beaucoup. Commence
alors un étrange face à face.
.
Au
fil des minutes……..
Le temps fait son effet. Le déplacement s’est déjà opéré en
moi, sur moi, et autour de moi.
Je me suis légèrement déplacé de côté, et tout cela au nez
du public, car je reste toujours en contact avec lui ;
je ne veux pas qu’il me perde de vue, et je ne veux pas le
perdre, non plus. Je lui précise là où je suis dans mon
déplacement, à quel moment j’y suis et avec qui je suis.
Les espaces que je provoque sont propices aux invités de
tout genre, masculin, féminin. Animal, végétal, solide,
liquide. Ce ne sont pas mes amis, mais ce ne sont pas
non plus mes ennemis. Ils m’accompagnent.
Cette proposition nécessite une certaine souplesse de corps
et d’esprit. Le corps subit certaines pressions de toutes
sortes au cours de sa traversée, réagissant soit par
la souplesse soit par la rigidité ; cela dépend du
danger. Le danger ici est de l’inquiétude pouvant se
transformer en cauchemar.
Il y a toujours « l’Indien qui cherche à me planter la
hache dans l’omoplate.
À propos de cette écriture : Il est courant que je me
laisse embarquer par mon écriture. Alors je ne sais plus si
c’est moi qui devance l’écriture, ou si une force
mystérieuse me pousse. Il n’y a rien de mystique quant
à cette démarche. Cela fonctionne comme un exutoire, je
pense et je parle tout haut lorsque j’écris, et même les
ratures font partie du processus de création. C’est
vrai que cela se rapproche de l’écriture automatique, et je
ne sais jamais quand cela a commencé et pourquoi, en un mot
quelle en est la cause ?
Je
pourrais cependant définir cette écriture comme
« Labyrinthique » . Ici s’opère le passage de la
langue parlée à l’écrit, d’où un dérèglement de la langue
écrite. Et quand le travail commence, c’est un mille mètres
couru comme un cent mètres. Même la fonction correctrice de
l’ordinateur en perd son latin.
Dans ce projet, il y a les textes dits, interprétés au plus
prés des sens. Il y a aussi un traitement sonore,
comme un récit parallèle, qui vient frictionner avec les
mots , c’est-à-dire parfois avec, et parfois contre. Le
silence n’existant pas. Également, des l’images composées.,
Une image obsessionnelle au sens où j’ai développé d’une
manière artisanale, la multiplication de moi-même, en
partant de cette phrase commune qui dit que l’on est jamais
seul avec soi-même.
Pourquoi
ce projet ?
La forme du monologue correspond toujours à un moment
particulier dans la vie d’un artiste, il peut même y en
avoir plusieurs de ces instants. Et c’est à chaque fois une
petite mort, reflexive. Je laisse quelque chose . Et je
sais que je ne retournerais pas dans ces espaces. Et en
même temps , j’ouvre d’autres espaces de jeu, que je
pourrais partager avec d’autres , dans les créations
futures.
TEXTES
Voilà
les présentations sont faites.
De
Biais ce soir
Ne serait ce soir
que la femme qui nous intéresse ici ce soir
Un face à face
Un face à moi. Ce soir.
Une situation absurde et compliqué ce soir
qui me renvoie ce soir à ce qui m’est cher de ma chair ce
soir,de ce qui me préoccupe de ma représentation de
moi-même, ce soir, face à un public qui n’est pas là ce
soir et qui a été remplacé ce soir par un autre que je ne
connais pas ce soir.
Cela me perturbe
J’avais prévu toute une serrure de sketches qui avait pour
but de faire rire…
Je dois m’adapter ce soir
La Question : Étiez vous là ce soir ?(
silence).
La réponse est éloquente. Ceux qui devaient être là ce soir
ne sont pas là, ce soir, ils ont été remplacés par
d’autres, ce soir, que je ne connais pas ce soir.
Je ne suis pas bien qu’à cet instant, je voudrais être
éloigné ce soir, c’est de l’indulgence. Je ne veux pas
déranger, vous ne voulez pas me déranger ce soir.
Mais
bon dieu, manifestement, je ne suis pas à ma place ce soir.
Voilà,
les présentations sont faites là ce soir.
Et si vous désirez la façon de la voir de cette façon ce
soir, Je vais donc demander ce soir d’allumer, ce soir, ce
que je nomme personnellement le public pour rester poli ce
soir. Lumière
Je ne comprends toujours pas votre venue, vous à t’ont
obligé d’assister, d’insister à ce que j’appelle une
déclaration qui a bien des égards ne supporterait pas la
présence de l’autre, soit, c’est un fait connu, reconnu,
que la dénonciation de cet énoncé auquel je me suis attaché
a pour conséquence de
vider la salle de viande.
Rectification au public, ce soir. Et d’arrêter
immédiatement toute tentative de complicité. Un conseil,
donc, restez éloigné.
C’est à moi entre vous et moi, un alibi un rapprochement de
entre là et là-bas, sans être là. Ne soyez pas fous, ne
croyez pas me donner comme cela, à des gens que je ne
connais pas.
Face à moi trop directement, je dois l’affronter avec son
corps.
Quel corps ? Le corps familial... Je n’en
connais pas d’autres, celui qui se cache derrière devant
moi, et vous croyez fort abusé de ma confidence qu’elle
allait disparaître, ma chère, au contraire………
Mais oui, je te vois, n’aie crainte, n’aie pas peur de la
face du cauchemar que je perçois de plus en plus
proéminente.
Je ne conçois pas, je ne distingue pas le courant féminin
qui balaie ma tête.
Je tente une sortie, je vais tenter une sortie de côté, non
pas de face. Je reste digne. Le face à face avec moi-même
est invraisemblance. Si je pouvais simplement sortir
avec dignité de cet endroit dérangé en rampant croûte qui
croûte…..
Comment. Quand. Porter sornu , forcée destructive
de soir même.
Monter à la verticale Contrer sécabrer. Mais qui te parle,
qui s’est logé dans ta petite tête qui t’encombre. Je tente
une sortie. La dernière. J’accélère.
Je suis devant la porte. Je frappe à ma porte, je pousse la
porte, je mets une main, j’allonge un bras, et tout cela
avec prudence, je veux surtout ne pas déranger, un bras,
une jambe, un mollet. J’avance mon torse en arrière, je me
plaque contre la porte, je suis toujours derrière la porte,
toujours derrière moi. Je transpire très peu . je suis même
étonné de mon avancé, avec cette autre porte beaucoup plus
difficile à franchir. Le verrou n’ayant pas cédé, comme il
y en a 10 en tout. Cette porte a la particularité suivante,
de rester solide, elle est solide. Je ne m’inquiète
pas, à sentir le sol avant de franchir la porte. Si l’on
fait bien attention, et là je vous demanderai toute votre
attention… Un léger pli de lumière au raz du
sol. Sûrement, et prudemment quelqu’un est derrière la
porte.
Mon 1er
doigt tente une sortie…
Une sortie passagère.
Ne désirant pas rester pas trop longtemps dans cet état de
grande rigidité, Laissant le droit au sol. Entre temps, je
m’étais copieusement fait manger par une sorte d’animal à
longues pattes gluantes rongeant le petit espace entre la
porte et le sol.
À l’esprit de ma suite, j’engage un dialogue avec
cette espèce animale. Je n’ai rien remarqué d’animal, sauf
cet événement blessant de m’être fait manger le petit
doigt.
Ma tête est élastique à toute épreuve. Je réussis donc à
franchir la 2e porte. L’autre resté derrière moi, n’a rien
remarqué.
Vous avez noté, avec quelle rapidité, je me suis échappé.
Un manque d’exercice certainement. J’aime me confronter
avec ce genre de difficulté, l’activité physique m’offre
une souplesse d’esprit et de corps.
J’ai échafaudé toute une architexture d’une grande
visibilité posant des questions fondamentales sur la
capacité de se transformer. Je ne suis pas le seul. Toute
une série de sketches à mon sujet m’ont amené à penser.
Alors je pense, que ce qui se joue en face de moi n’a pas
la moindre importance pour toi. Et J’ai laissé un éclaireur
surveiller la porte, celle qui est toujours derrière moi.
Il faut que je me situe un peu mieux pour que vous
compreniez l’espace dans lequel se joue ma théorie.
Chaque seconde, je gagne du terrain, et il est vrai que
depuis tout à l’heure je ne suis plus au même endroit. Mais
elle non plus.
La
tâche.
Vous
avez remarqué la tache Au fond. Elle gigote.
Je suis accompagné, et il n’y a pas de place pour
Deux ici, sans la blessure de l’âme, la plus dangereuse de
toute, imprévisible. Je pars à la chasse. Une âme
s’envole, se rattrape au vol, et le risque de me blesser,
j’analyse, je capitalise bref, je vends mes idées au
plus offrant.
En retour, je suis un peu machinalement insupportable, oui,
et je ne supporte pas la question. J’insupporte. Il suffit
d’éviter de dévier de son chemin et de la rejoindre.
Frontalement l’espace, j’attaque.
Et tout cela nécessite un certain travail, et Le chaos.
Ne pas se ménager, entrevoir toutes les possibilités
même les plus infimes, celles que l’on ne voit jamais.
Comme cette tache-là au fond.
Préparer le terrain n’est pas une mince affaire.
Je suis une personne méthodique, d’abord j’élimine cette
tache, je suis le seul à l’avoir vu, elle, elle le sait.
Elle me gêne. Et avec elle je perds ou je
gagne. Il faut être vigilent pour ne pas se laisser
cerner, car la tache grandit à chaque instant . Il n’y a
pas de quoi, à en faire tout un plat, je fais même les
réponses, oui mais justement, il n’y a pas de discours
droit. Je suis debout, la vigilance, je suis devant elle et
je l’affronte, si ce n’est pas vous c’est elle ou moi. Ne
pas fléchir sur son sort.
Le sien en l’occurrence. THINK, comme elle pense, mon
ennemi. Et bien je vais lui faire sa tête. Je ne vais pas
sous prétexte d’une politesse………
Je vais la malmener cette affaire.
Voyez comme elle a triplé, des milliards.
Un seul geste, une seule action pour l’éliminer la
stériliser. L’avaler. La digérer. Digérer disais-je.
Et je la tiens. Elle sort de son trou, pousse un petit
cri ridicule, elle est là centrale de mes jambes, un vrai
film de science fiction.
Pas un mot, voyez vous, mais c’est réel, cette tache qui
m’impressionne. Elle ne refuse pas le combat.
Au contraire, jusqu’à son dernier souffle.
Voilà, je suis avec elle difforme, et ma protection de
sommeil, c’est un piège.
Ces petits bouts d’allumettes. Écarquillés éveillés.
Il ne faut pas dormir. Surtout pas. Sinon elle va se sortir
de moi. Je vous parie que si je ferme un œil, Elle
tentera de s’échapper. Regardez comme elle se déplace. Je
sais que j’ai de l’avance sur elle.
Elle, elle ne le sait pas. Non. Ne pas dormir.
Resté les yeux ouverts jusqu’à ne plus pouvoir dormir. Vous
avez vu comme je me suis recroquevillé pour lui ressembler.
J’ai gagné sa confiance, mais attention à tout
instant. Vous me voyez revenir ? Non. Je prends
des risques à……… Que l’on apprend aux enfants rêvés
hou ! hou ! hou !
Au secours, au secours, on ne peut plus courir après
l’homme qui court.
Vous pouvez, menacer, suppliez, pauvre mère, votre fils
s’est enfui dans les bras d’une chimère déjà sa gorge hélas
à force de crier.
Il dort. Au secours. Il rêve, il se réveille et croit
que c’est un autre rêve, car il voit le logis des enfants
que l’on enlève pareil à la grande ourse étoilée toujours
prête à la halte et prête à s’envoler… Au secours….
Borborisme
J’ai……
Borborismes.
Je ne sais plus comment correctement parler.
J’étais venu pour m’attaquer à la supercherie de mes
recherches sur la déontologie humaine.
Je me suis trompé. J’ai fait une erreur de langage.
Elle va de soi, de mon propre aveu, venir me chercher.
Je vais donc me confirmer. A fortiori, je n’ai pas de
faute à me confirmer. Renoncer à lui.
Retrouver ce garçon sans son prénom sans son nom, sans son
âge, une entrevue retracée mot pour mot sans concessions,
une remémoration, comme une commémoration présentée ici
même dans cet endroit particulier appelé EDEN.
Mon nom est comme vous le nommez.
Clairement convaincu à mon sujet.
Mais lui.
Comment t’appelles-tu ?
Borborisme.
Il exerce une certaine emprise sur moi.
Symptôme logique d’une translation commémorative
D’une communion désastreuse.
Comment t’appelles-tu ?
Borborismes.
C’est étrange comme ses petits bruits cherchent à dire le
regard désordonné.
Quel âge as-tu ?
Borborisme.
Un long silence.
Plus de questions.
Plus de réponses.
C’est une superbe claque au visage.
Inouï.
Comme on n’en fait plus.
Une main qui rougit.
Le rouge de la honte.
Ma première sensation.
Ma première humiliation.
Ma première séparation.
Ma première blessure.
Ma première in-com-pré-hen-sion.
Quel âge as-tu ?
Borborisme.
Absent. Je l’emmène chez mon voisin.
Absent. Je l’installe sur une chaise de la cuisine.
La cuisine le lieu de tous les dégâts de ce qui s’entend me
dire ce qu’il entend, ce que moi, je ne peux entendre. Le
bruit d’un choc, un choc métallique, qui percute
l’enfant, le bruit d’une mobylette contre une voiture.
Absent, au sol, inconscient.
Que s’est-il passé.
Et le sang de la tête.
Est-ce qu’il y a du sang.
Est ce qu’il a toute sa tête.
Et ses chaussures.
Où sont ses chaussures.
C’est bizarre de foutre le camp comme ça.
Impossible retour.
Pas écorché.
Evanouie. Comme une fille.
Entre parenthèse. Ce sentiment misérable sentimental
risquant de me compromette, moi et ma famille point. Tout
le monde.
Tout le monde n’a pas la chance que j’ai AI.
Un prénom NON.
Des parents EN
Et puis plus rien HEIN.
Le sol est froid.
C’est le carrelage.
Qu’est ce que tu risques ?
De toute façon, elle va venir.
C’est stupide cette façon de ne rien dire.
Ça va gueuler dans la chaumière, ça va cogner.
De quoi es-tu fait.
De chair…Bien
De sang… Bien
D’armes de guerre… Bien
Quel âge as-tu… 7ans de la main… Bien
Qui sont tes parents…Les tiens… Bien
Leurs noms…Les miens…Bien
Tu te fous de moi… De toi…Hein
Première observation
Absence véritable d’identité.
Et puis écarte tes jambes…
Tu te prends pour une fille… Hein.
Il faut… Hein
Tu crois que…Hein
Et tout ça pour... Hein.
Je conçois pertinemment que je puisse me mettre en colère,
soit, ne serait ce simplement pour échanger une langue
étrangère contre la mienne, qui de toute évidence n’a pas
saisi réellement l’enjeu de la situation. Et je peux d’ores
et déjà-vu vous signaler que je suis sur la bonne voie. Que
l’escalade de la violence n’est qu’une mise en garde contre
la barbarie de mes aînés.
Où en étais-je ?
Absence véritable d’identité. Et pressé d’en finir
avec cette histoire…………
Parce que Dans mes rêves, la nuit, je sens le coup de hache
qui frappe à mon omoplate et que ça fait mal… Je suis à
terre, Le moindre bruit me flanque la trouille parce que je
suis un Indien.
Le monde est en noir et blanc... les albums de ma
famille sont en noir et blanc, la télévision est en noir et
blanc. Je ne me souviens pas de la couleur dans ces
vieilles images du début du siècle……
Alors vous pouvez vous imaginer, quand j’ai vu pour la
1er
fois
de la couleur … Et J’ai eu peur. C’est une coupure à
l’arcade sourcilière de mon père qui m’a ouvert le visage,
puis le torse qui est descendu vers le bas. On me ment, on
me ment cache la vérité, parce que si je sais, je me tire
une balle dans la tête. Heu ! Heu ! ce nœud dans
lequel, je m’empêtre la figure, transpercée, droit au cœur,
remplis de mots qui coulent le long de ma tempe, dans le
creux du cou, et suit son chemin, et puis c’est tout.
Savoir, savoir Comme si ma vie ne me suffisait pas.
Savoir en deçà, en dedans de ma vie d’avant, celle qui ne
parle pas, celle qui palpite, celle qui fout le camp à
travers cette carcasse et je marche, et je me ramasse et je
pleure du rouge, je râle, je racle ma gorge contre cet
oracle qui s’est mis en travers, damné, condamné à errer
sur cette route qui se sépare, parce qu’il faut toujours
que ça se sépare…
Et je dis encore, si c’est cela que vous voulez entendre,
je suis prêt à parler.
Je suis rien.
Je suis... pris.
Au nom de.
Mais on ne peut pas dire ça.
Sensuellement comment dire.
Cette presque exactitude de moi-même qui remonte à la
surface avec violence.
Un flot.
Une plaie.
Et ce visage devant moi as-t’il quelque chose de
tangible ?
Je tombe en arrière.
Je me rattrape au bastingage.
La ville a disparu, plus de repères. Père.
Mais qui a crié de ce putain de toit, avant de se balancer
dans le vide.
Qui cela pouvait intéresser, à part la chute spectaculaire
annoncée par l’interphone de l’immeuble, criante :
attention, chute imminente d’un poids de 75 kg, poids qui
n’a pas bougé jusqu’à l’atterrissage conscient, brutal. Je
vise le mouillé du macadam, plaqué au sol, comme une crêpe,
je m’extirpe par l’avant-bras qui se mue en une sorte
d’animal à longues pattes gluantes.
Absence, véritable d’identité pour ne rien vous cacher,
l’heure de la chute n’est pas précise, mais l’ambulance a
rédigé le rapport suivant : qui a crié de ce putain de
toit avant de se balancer dans le vide…………Personne juste un
interphone que l’agent de service de la nuit a essayé de
décrypter.
L’ambulance a quitté le quartier vide sans se préoccuper de
ce corps resté là à attendre des heures qu’il se
reconstitue. La patte de l’animal qui ne porte pas de nom a
atteint la rive droite sans rictus. Conservé au froid par
la température ambiante, je n’ai laissé aucune trace
visible aucune au macadam.
Non, je n’irais pas voir de l’autre coté, je resterai là,
posé sur le carrelage m’interdisant une sortie honorable.
Après
l’accident.
Je
sens comme une palpitation régulière très chronométrée ……
Le temps a fait son effet.
Je sens que ça se soulève comme deux montagnes poussées par
le bas de mes reins.
Je change de sujet.
Je me suis tout juste déplacé et pénétré un espace
complètement.
Esseulé, j’ai effleuré sans toucher chaque coin de ma
personne, et découvert que j’étais.
Pas trop rapidement, là où j’étais.
Le moindre mouvement peut tout faire changer.
Je n’ai rien pour me tenir.
Je n’ai rien à dire presque dire.
Je me sens très à l’étroit autour de moi.
Mais cela c’est de la timidité.
Je ne les aie pas vus venir
Et j’attends.
J’ai été prévenu de leur sauvagerie.
Saccagé dans mon intimité la plus secrète.
Cela m’a ouvert des horizons que je ne soupçonnais pas. Je
me préparais à recevoir une estocade à l’arcade des plus
raffinées, des plus convoitées.
Sur le boulevard, j’entends le bruit de ces bottes
musclées, bien ciré. Il faut être propre, proprement
salopards pour les porter. Mais voilà, je me suis offert,
j’étais très très très très riche. Maintenant je suis très
très très très très très très pauvre, et la distance qui me
sépare de moi a changé de sujet.
Être, pourtant se dire, que le monde a changé, s’est
bousculé, gravité que j’ai surmonté, mes bras levés,
désirant au plus profond de moi retrouver de la sérénité
que j’ai perdu pour ainsi à jamais retrouver de la joie
d’être simplement être mais c’est de la foutaise.
Etre ou ne pas être, c’est de la foutaise si je devais
renaître alors je choisirai d’avoir une période à l’essai
et c’est moi qui déciderais d’être ou ne pas être, mais
c’est encore de la foutaise.
Formidable . le pouvoir des mots sur mon infirmité d’agir.
Et pourtant avant qu’ils viennent, parce qu’ils vont venir,
il me faut déballer tout mon verbe.
Comment t’appelles-tu ?
oui… .
Excuse - moi d’insister.
On ne s’est pas déjà vu quelque part ?
Non…Par hasard…Oui.
Sur un boulevard.
Et ta gueule dans le noir.
Il m’a laissé sur le carreau.
Autour de moi des morceaux à moi.
Je fournis un effort considérable.
Ma tête arche boutée en avant fait le tour de mes
propriétés qui s’étendent à perte de vue…. Un vrai champ de
bataille. Et pourtant personne n’a pu y entrer. La nuit
reste entière comment la traverser.
Chaque fois la traverser entière.
Loin de tout. Rien n’en vue.
Et pourtant comme des bruits à travers un
filtre.
J’entends des paroles ininterrompues comme si sans cesse on
me disait.
Je t’ai bien cogné.
Je t’ai bien cogné.
Je t’ai bien cogné.
Je t’ai bien cogné.
Je t’ai bien cogné.
Et moi comme un long boa égaré.
J’ai perdu mes ennemis.
Évanoui à la terre.
Je sens comme un courant d’air froid sous moi.
Un courant chaud dessus.
Je descends beaucoup plus bas.
Je ne sais plus rien de la fatigue.
Je ne la connais plus.
Ils m’ont sous-estimé ces champions de la castagne.
Je suis grand.
Je suis tout ce qu’il y a de plus grand.
Où sont les êtres ?
Où sont mes restes.
J’entends un murmure.
Quelqu’un me tire là ou je ne veux pas aller
Cela se détache.
Libre à nouveau.
Silence souverain je m’offre au néant suspendu. Ma
soif jamais étanchée jamais satisfaite.
Tous me convient.
L’espace est vaste.
Plus de fermetures.
Plus de verrous plus de témoins…….
Maintenant l’instant est passé.
Qu’est-il arrivé. Je ne suis plus pareil.
Et j’ai laissé ce malheureux sur le carrelage.
Je descends. J’arrive. Vous avez gagné. Je viens.
J’ai tout perdu. Ma fusée retombe. Le poids en moi. Le
poids à nouveau.
À nouveau la terre aux pieds.
Que vais-je encore faire sur terre ?
Je n’ai rien oublié, j’ai tout emmagasiné, je me suis
empoisonné, ce n’est pas la cigarette, c’est ma vie que
j’ai collectionnée, et vous voulez me la retirer.
Quelle violence, quelle aisance, quelle honte, quel gâchis,
à vous jeunesse.
Des trous, des trous dans la tête, de ta mère, pauvre mère,
qui te laisses pourrir cette terre, tu n’as rien pour me
plaire, tu es comme ton père, et ta mère, et tes frères,
continus de jacasser, continue de cogner, tu auras la tête
fracassée par les mots que je t’enfoncerais.
Allez… .Continue de cogner. Je suis fatigué.