HAPAX
Hapax, titre générique d’une série d’autoportrait fictionnel adaptée de la pièce Blessures au visage d’Howard Barker et de la partition de souffles Atemzüge de Dieter Schnebel.
Ces pièces ont en commun d’être écrite pour un interprète et d’avoir une scénographie modulable , composée de pans de murs et de miroirs délimitant un espace (boite fermée, boite ouverte, boite béante etc.) pouvant servir aussi d’écrans et permettant un jeu de projection fragmentée. Cette scénographie s’inspire de la peinture de Bacon qui place ses personnages dans un espace théâtral, des sortes de boîtes ouvertes, voire béantes. Le sentiment qui s’en dégage est alors, une sorte de capture du temps, une saisie de l’instant qui rend les personnages extrêmement présents.
Hapax ;portrait poétique se jouant soi-même, se glissant dans l’autre, dans l’allégorique, dans le fabuleux, se jouant de la réalité comme de la fiction. L’un des thèmes déployé ici est le rapport difficile que l’être humain entretien avec lui-même, avec son reflet, avec son visage (Blessures au visage), avec aussi sa généalogie.
La réflexion sur le regard et sur le visage occupe une place centrale dans ce projet. L’œil, point focal du visage, est au cœur de toute la théorie de la réception telle qu’on en trouve des échos dans Blessures au visage, il est aussi ce qui détermine toute entreprise théâtrale : le théâtre, par étymologie, est le lieu où l’on donne à voir. L’être n’est pas, n’advient pas, sans un regard qui le rend visible. Merleau-Ponty.
Dépourvues de toute dimension psychologique, ces pièces météores ne cherchent pas à exprimer la chose réelle, mais tendent si l’on peut dire- à capturer la réalité de la chose, son existence même. Décortiquer la chose pour n’en garder que la réalité nue ses « réalités intérieures » sa subjectivité qui fait alors appel à tous les sens y compris l’imagination.
Nous tentons d’inventer un espace où le spectateur pourrait avoir une liberté d’interprétation individuelle, propre à lui-même.
Certains Hapax sont autobiographiques, ils s’inspirent de fait réel tout en les déjouant au profit de la fiction, il ne s’agit donc pas de portrait véridique, la scène est sans doute un des domaines où la vérité (d’après l’historien ou le biographe) n’existe pas ou du moins elle n’a que peut d’intérêt. Toute l’affaire serait plutôt un miasme, une sorte de mirage. Mêlant le réel au fictif, je flottais dans un monde d’images » (Bosco).
Chaque solo porte un sous-titre signant sa singularité et ponctuant aussi l’ensemble du projet à la façon d’un recueil. Certains éléments les rapprochant apparaissent parfois au second plan, comme une trame cachée, parfois au contraire ils se révèlent pleinement. Quelquefois le texte des blessures est le point central, d’autre fois, caché, il fait seulement écho à la proposition et contribue à ouvrir le sens, idem pour les souffles de Dieter Schnebel, qui peuvent ne se révéler qu’en toile de fond sonore ou qui s’invitent alors, comme une bouffée sur le plateau pour s’emparer de l’espace.
Hapax
Le premier de
la série
Hapax1 -Premièrement :
s’aimer soi-même- a été élaboré
et présenté une fois au théâtre du Grütli en juin 07 lors
d’une résidence avec le collectif2. Le projet initialement
prévu pour un interprète a été créé pour trois comédiennes,
le premier tableau des Blessures au visage (monologue) y
est au premier plan. Cette proposition inspirée des
études de
la tête humaine de Francis
Bacon, invite le spectateur à plonger dans l’intimité
dénudée d’une femme en guerre contre son visage qu’elle
refuse et qu’elle combat obstinément. Les mots alors ne
sont plus que le prolongement de son corps livrant cette
bataille sans issue. Aussi distincte de l’abstrait que de
l’illustratif, nous proposons avec cette pièce de placer le
spectateur au cœur des mots, nous lui proposons une pleine
participation, il pourrait dire en sortant que c’est
comme si on
y était, voire même qu’on y était
(pas seulement
devant).
Hapax1 -Premièrement :
s’aimer soi-même- sera réadaptée
pour une interprète en tenant compte du concept des
Hapax
et
présentée en mars 2008 au théâtre du Grütli en tant
qu’artistes associés .
Durée : 45’
Hapax2
–Humpeli-- (petite
boiteuse) création
ADC à la salle des
Eaux-Vives du 20 au 24 février 2008. Interprété par Prisca
Harsch. Ce solo retrace le portrait bien réel de l’histoire
extraordinaire de sa grand- mère maternelle et propose une
rencontre entre la fiction et la réalité.
Ce solo met en perspective l’histoire d’un crime passionnel
et la danse comme pulsion de vie.
Recto
La danse au
centre ou plus précisément l’acte de danser au centre de la
scène et du spectacle. Le geste avant le mot. L’impulsion
et la force qui s’y dégage avant la réflexion.
Un corps s’abandonnant à son propre plaisir et livrant sans
pudeur son intimité.
La danse comme une transe, laissant des traces dans
l’espace et jouissant de ses découvertes.
S’engageant sans retenue sans complaisance et pourtant
consciente de ce qu’elle produit.
Une danse ne livrant aucun message, sans justification,
aléatoire, capricieuse, désordonnée, - sans rime ni
raison -
Verso
Le 19 juin
1970, ma grand-mère attend à l’aéroport d’Athènes son amant
Grec qui doit atterrir accompagner de sa nouvelle
maîtresse. En plein hall, elle le voit, sort son pistolet,
le vise et le tue sur le coup. Ensuite elle retourne l’arme
contre elle, mais celle si s’enraye et un policier témoin
de la scène la désarme.
Elle sera condamnée pour crime passionnel à 10 ans de
réclusion à la prison d’Athènes.
L’affaire fera beaucoup de bruit car elle sera l’un des
premier crime passionnel reconnu sous le régime des
colonels.
Le portrait de notre grand-mère sera réalisé par mon frère
Robin Harsch (Sophie
Call : prétexte et Federe et
moi) et diffusé
sur différents supports tels qu’écrans, murs, moniteurs
etc.
Le son et l’image seront indépendants et mixés en direct.
L’histoire ne se révèlera que de façon chaotique et
désordonnée, sans jugement, mais toute fois dans son
entièreté.
Hapax3
–le double du dictateur, Artistes
associés au théâtre du Grütli, création en
mars 2008,
Cette proposition reprend le texte de Barker,( le
double du dictateur face à des affiches du dictateur déchu
et s’étonnant de leur ressemblance.) et propose une
installation sonore avec Pierre-Alexandre Lampert en chef
d’orchestre, manipulant et disposant des accessoires
permettant la diffusion de sons.
Il va s’agir d’éclater le sens, de jouer au jeu des
associations, de désordonné pour mieux ressentir, de
brouiller les pistes et permettre aux spectateurs de
s’abandonner de façon active au tourbillon du sens, de
désapprendre en quelque sorte.
L’intérêt du son est sa faculté a créé du sens, le son
produit des images, et évoque une multitude de sensations.
Cette partition, à bout de souffle, sera rejointe par une
dizaine de figurants représentant le dictateur et le
démultipliant
Durée 45’ environ
Hapax4
–Après la catastrophe-, Artistes
associés au théâtre du Grütli, création en
mars
2008. Ce solo
interprété par Pascal Gravat, emprunte également les mots
de Barker et les fait se rejoindre à sa condition
d’homme
gravas. Ce solo sous
les décombres se joue aussi de la réalité et de la fiction
En poète rescapé n’ayant que peut d’intérêt pour la vérité
et encore moins de respect pour elle, il délire sur des
mots, se dédouble à son tour, s’invente des vies possibles.
Là encore, il va s’agir de déconstruction, la pièce devient
l’objet de toutes les déconstructions, dans sa narrativité
et dans sa linéarité tant au niveau de la structure globale
de la pièce qu’au niveau de la microstructure de la phrase.
À mesure que la pièce se déconstruit, elle semble se
reconstituer mais sur un autre mode narratif, une sorte de
poésie pour la scène.
Dans un premier temps, nous cherchons à isoler le
spectateur de son mode de référence dans le dessein de
faire jaillir un sens neuf,» l’expérience de
l’absence de sens ». Nous le privons de tout ce à quoi
il peut se raccrocher : un espace identifiable, un
temps reconnaissable, un personnage psychologiquement
validable, nous bousculons alors, les modalités du voir et
de l’entendre et nous tentons d’introduire la sensation et
sa charge nerveuse.
45’environ.