« J’imagine
le parcours d’un homme traversé par Roméo, Hamlet, et
richard de Gloucester. Roméo ne sait pas encore qu’il
deviendra Hamlet. Hamlet commence déjà à oublier Roméo.
Mais le pire reste encore à venir. Richard entre en
scène. »
Fin
du mois de septembre 2001. Je viens de terminer une série
de représentations. C’est la chute, certains diraient
une chute de tension... Et pourtant, c’est un moment où
j’ai la sensation de revenir à la vie. Réceptif à tout ce
qui m’entoure.
Sur mon bureau, trois œuvres de William Shakespeare ;
Roméo et Juliette, Hamlet, et Richard III. Au fur et à
mesure de la lecture, je suis remué. Une écriture ;
une pensée ; mouvementée, colorée, imagée, sensuelle,
charnelle, vivifiante. Et je m'enfonce un peu plus en
moi-même. Roméo, Hamlet, Richard, ces trois figures ne
formant plus qu'une ; celle d'un homme à trois moments
différents de sa vie. C'est un long monologue, avec parfois
des ellipses, des sauts dans le temps. Je commence avec
Roméo ; les mots de Juliette se sont glissés dans ma
bouche, je ressens un léger trouble, la présence de l’être
aimé.
« Vienne la mort, et elle sera bien venue. »
Elle est simplement un passage. Un corps passe devant
l’autre. Hamlet emmène avec lui un peu de
Roméo « comme tu te ressembles à toi-même, c’est
étrange, quel sens particulier donner à ceci ? je n’en sais
rien. »
Parce
que l’homme a les pieds bien collés au sol, alors par la
pensée, il peut s’échapper. Mais un terrible secret s’est
logé à l’intérieur de lui, qui sans cesse le rappelle à
l’ordre et lui demande de rendre des comptes. »
Ménagerie de verre . Paris 1993